Optimiser les floraisons mellifères en milieu urbain l’hiver (novembre à février) est possible, mais demande une stratégie adaptée au climat froid, au manque de lumière et à l’urbanisation.

Cette approche est basée sur la biologie des plantes et les besoins des pollinisateurs. En hiver, en France, même en ville, il y a très peu de plantes mellifères en fleurs : la production de nectar est faible et les pollinisateurs sont peu actifs. Par exemple, les abeilles à miel restent en grappe dans les ruches.

L’objectif réaliste est d’offrir du pollen et du nectar aux pollinisateurs sauvages précoces (osmies, bourdons) et aux abeilles en sortie lorsque la température le permet, sur de courtes périodes en milieu de journée, afin de soutenir la biodiversité.

Il faut donc privilégier les espèces qui fleurissent naturellement en hiver. Certaines plantes sont adaptées au froid et peuvent fleurir même à des températures inférieures à 10 °C, car leurs fleurs protègent ou réchauffent le nectar. Les arbres et arbustes mellifères d’hiver sont les plus efficaces, car ils produisent davantage de nectar, ont une structure robuste et une floraison réelle en saison froide.

Arbustes à floraison hivernale

Espèce Période Intérêt mellifère
Mahonia x media Déc–févr Excellent nectar + pollen
Viburnum bodnantense Nov–mars Très bon
Lonicera fragrantissima Déc–mars Nectar accessible au froid
Sarcococca Déc–mars Très odorant, mellifère
Helleborus Déc–mars Intéressant

On peut aussi introduire des « fausses hivernales » grâce aux îlots de chaleur urbains (Paris, ou les grandes villes en général) car les plantes avancent naturellement certaines floraisons de 1 à 4 semaines. Il est possible d’utiliser cet effet pour obtenir une floraison très précoce des espèces qui fleurissent plus tôt en ville, comme le romarin (qui peut fleurir dès novembre dans Paris intramuros), la lavande dentée (bien adaptée au climat doux urbain), le fuchsia rustique (qui fleurit jusqu’en décembre), la sauge Salvia officinalis (qui peut parfois encore être en fleur en novembre).

On peut utiliser des plantes de balcon et de jardinières adaptées au froid. Certaines plantes gardent une petite floraison même sous 0 °C. Les plantes en pot qui présentent un intérêt pour les pollinisateurs dans ces îlots de chaleur sont les pensées Viola cornuta (intéressantes pour leur production de nectar et de pollen), les bruyères d’hiver (Erica carnea), les campanules rustiques, les hellébores (Helleborus niger) et le romarin rampant par exemple.

Créer des corridors mellifères d’hiver serait une super optimisation pour les pollinisateurs ! Coordonner l’ensemble des plantations plutôt que de gérer chaque jardin de façon isolée permettrait de créer de véritables « corridors mellifères d’hiver » en ville : pieds d’arbres, bords de trottoirs, allées de parcs, toits végétalisés, friches et rails SNCF, jardins partagés, cimetières — souvent vastes et tranquilles — offriraient un fort potentiel d’optimisation. Ces endroits sont en partie déjà occupés par des plantations, mais très rarement avec des floraisons hivernales.

On n’y pense pas tout le temps mais certaines plantes n’ont pas besoin d’un substrat très épais et s’épanouissent sur les toitures végétalisées. On trouve quelques plantes dont l’orpin d’automne (Sedum spectabile) : il fleurit de septembre à novembre (les fleurs sèches restent utiles). Il produit du nectar et du pollen en quantité élevée pour les papillons et les abeilles en fin de saison. Il tolère très bien les sols secs, les toitures végétalisées et les jardinières.

Et bien sûr, optimiser ces plantations est plus joli pour les êtres humains et plus utile pour les pollinisateurs. Choisir des espèces à floraisons échelonnées, combiner pollen et nectar et privilégier la diversité — c’est-à-dire planter au moins 10 espèces — tout en évitant les variétés stériles ou très horticoles comme les hybrides ornementaux serait judicieux. Enfin, adopter de bonnes pratiques qui ne détruisent pas les ressources hivernales est essentiel : par exemple, éviter la tonte ou la taille en automne, qui peut détruire les bourgeons des futures floraisons hivernales. L’usage de pesticides, même en hiver, est à proscrire, car il tue les pollinisateurs sauvages précoces qui sortent dès janvier.

Alors que plante-t-on ?

Voici une liste de quelques plantes mellifères susceptibles encore de fleurir en décembre en Île-de-France. En zone très urbanisée comme Paris, la pollution thermique et les micro-climats peuvent, en plus, allonger les floraisons ! Donc certaines espèces donneront du nectar plus tard qu’en milieu rural. Et, bien sûr, la floraison dépendra des conditions locales comme l’exposition, la chaleur, ou encore la protection par rapport au vent, mais les espèces ont un bon potentiel pour les pollinisateurs !

Parmi les premières plantes mellifères en floraison tardive pour la fin d’automne ou le début de l’hiver, on peut citer l’arbousier (Arbutus unedo), qui fleurit souvent de septembre à janvier. C’est un arbuste persistant, relativement tolérant, qui peut bien s’adapter aux îlots de chaleur (il est méditerranéen d’origine). Il a de jolies fleurs blanches en forme de clochette, et de jolis fruits rouge sombre qui font un peu penser à des fraises. Ici, sa production de nectar et de pollen est moyenne, mais très utile à cette saison pour les pollinisateurs. En pays méditerranéens, il produit un miel monofloral très amer.

Les bruyères d’hiver comme Erica carnea ou Calluna vulgaris fleurissent de novembre à mars selon leur variété et le climat. Elles ont besoin d’un sol souvent acide, ce qui n’est pas la caractéristique de la région parisienne, mais en pot ou massif urbain où la terre a été acidifiée, elles peuvent être une ressource intéressante. Elles présentent de toutes petites clochettes de blanc à rose foncé, en passant par tous les intermédiaires. Elles ont une production de nectar et de pollen de moyen à élevé, surtout pour la saison.

L’hellébore (Helleborus spp.), la rose de Noël par excellence, fleurit dès décembre voire plus tôt en climat doux. Bien adaptée aux bordures plus fraîches, à l’ombre fraîche ou semi-ombragée, ou sous les arbustes urbains, elle peut fleurir malgré des températures modérées. Elles sont souvent blanches, mais il existe des espèces colorées. Elles sont d’origine eurasiatique. Sa production de pollen et de nectar est de faible à modéré, ce n’est pas grand-chose, mais c’est très précieux lorsqu’il n’y a rien d’autre.

Le romarin (Rosmarinus officinalis / Salvia rosmarinus) fleurit souvent en automne/hiver dans les zones douces ou microclimats urbains protégés (il est méditerranéen d’origine). S’il est abrité, il peut fleurir jusqu’en janvier. Il a une bonne production de nectar et est très prisé des pollinisateurs. C’est une bonne option en jardinière ou sur un balcon, surtout en zone ensoleillée. Il pourra de plus être utilisé en cuisine ! Le miel monofloral de romarin est produit dans les pays méditerranéens.

La viorne tin (Viburnum tinus) fleurit de novembre à mars, c’est un arbrisseau méditerranéen qui produit du nectar et du pollen. Elle a une bonne tolérance urbaine, on la trouve souvent dans les haies car elle a des feuilles persistantes adaptées aux jardins urbains. Il y a d’autres espèces de Viburnum, souvent originaires de l’hémisphère nord, qui donnent de jolies fleurs odorantes en hiver comme Viburnum bodnantense.

Le lierre grimpant (Hedera helix) fleurit de fin septembre à novembre, voire début décembre selon l’exposition. C’est une valeur sûre en milieu urbain pour habiller les murs. Il est peu exigeant et même capable de pousser sur un mur orienté au nord, des façades, ou des arbres. Cette liane offre un nectar tardif pour tous les pollinisateurs spécialisés, comme la colette du lierre ou généralistes comme les abeilles à miel, les bourdons, et même les guêpes et les frelons.

D’autres plantes comme le mahonia (Mahonia spp.), qui fleurissent d’octobre à mars selon les espèces, produisent une quantité de nectar et de pollen élevée et sont une ressource hivernale très intéressante. Cependant, ce ne sont pas des plantes d’origine européenne, attention à la plantation d’espèces non autochtones et aux espèces invasives. Les mahonias ont une bonne tolérance urbaine en haies ou en massifs, et comme ils tolèrent une certaine pollution, ils ont tendance à être invasifs. On peut choisir d’autres essences.

Le chalef piquant (Elaeagnus pungens) fleurit de septembre à décembre. Il est souvent utilisé en haie en zone urbaine, il tolère bien la pollution et les sols variés. Il diffuse un parfum très suave et agréable. Il offre du pollen et du nectar, mais en quantité moyenne, et a une très bonne tolérance urbaine. C’est une plante robuste, tolérant les sols pauvres et la pollution. Comme d’autres plantes ornementales, elle n’est pas européenne : elle est originaire de l’Est (Chine et Japon). Comme à chaque fois dans ces cas, il faut faire attention au potentiel invasif de la plante.

Les osmanthes, comme Osmanthus fragrans, fleurissent d’octobre à décembre (parfois plus longtemps). Ces arbustes produisent du nectar et du pollen en quantité moyenne. Les fleurs sont très parfumées et attirent les butineurs. On les trouve dans les haies ou isolées, et elles apprécient une exposition abritée.

Qui sont les pollinisateurs hivernaux ?

Les abeilles à miel ne butinent presque pas : il ne faut pas planter uniquement pour elles, car elles restent en grappe tout l’hiver. Elles sortiront butiner en cas de redoux supérieur à 10–12 °C pendant plusieurs heures, souvent autour de la mi-journée.

Les plantations d’hiver servent aux bourdons, qui sont des pollinisateurs plus nordiques. Les fondatrices sont actives dès février. Les osmies sortent en fin d’hiver, mais aussi des syrphes et des papillons hivernants type citron ou le paon-du-jour.

Et bien sûr, ces arbustes qui fleurissent l’hiver et que nous choisissons pour nos pollinisateurs préférés sont aussi ceux qui fourniront des baies aux oiseaux en tout début de printemps !