On confond souvent ce que les abeilles récoltent dans leur environnement et ce qu’elles produisent elles-mêmes.
Pour lever toute ambiguïté, voici un tour d’horizon clair des matières premières que les abeilles collectent autour de la ruche, et de leur rôle essentiel, aussi bien pour la colonie que pour les plantes.

Ce que les abeilles récoltent : des matières premières venues de l’extérieur

1) Le nectar

Le nectar est un liquide sucré produit par certaines plantes, principalement par les fleurs, afin d’attirer les insectes pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons, mouches…). Il constitue la matière première du miel.

Le nectar est sécrété par des glandes spécialisées appelées nectaires floraux, situées à l’intérieur de la fleur (près des pétales, des étamines ou du pistil). Certaines plantes possèdent aussi des nectaires extra-floraux, situés sur les feuilles ou les tiges, mais ceux-ci sont rarement butinés par les abeilles.

Sur le plan chimique, le nectar est composé en moyenne de 70 à 90 % d’eau et de 10 à 30 % de sucres, principalement du fructose, du glucose et du saccharose. Il contient également des acides aminés, des minéraux, des antioxydants et des composés aromatiques volatils, responsables des saveurs et des arômes propres à chaque plante. Chaque espèce végétale produit donc un nectar unique, en termes de goût, d’odeur, de concentration et parfois de couleur.

À quoi sert le nectar pour les abeilles ?

Le nectar est la principale source d’énergie des abeilles. Riche en sucres, il leur fournit le carburant nécessaire au vol, au travail dans la ruche et au maintien de la température de la colonie.

Lors de la récolte, l’abeille aspire le nectar avec sa langue et le stocke dans son jabot (un estomac spécialisé qu’elle peut isoler de la digestion). Elle y ajoute déjà des enzymes issues de sa salive. De retour à la ruche, le nectar est déposé dans les alvéoles. Les abeilles ventilent ensuite activement pour faire évaporer l’eau : le nectar se transforme progressivement en miel.

À quoi sert le nectar pour la plante ?

Pour la plante, le nectar est une récompense, un appât. En venant le consommer, l’insecte pollinisateur entre en contact avec les étamines chargées de pollen. Celui-ci s’accroche aux poils de l’insecte et est transporté vers une autre fleur, assurant la pollinisation. La plante échange donc du nectar contre un service de reproduction.

En résumé

Le nectar est un liquide sucré produit par les fleurs pour attirer les pollinisateurs. Il est utilisé par les abeilles comme source d’énergie et comme matière première du miel.

2) Le pollen

Le pollen est une poudre microscopique produite par les fleurs. Chaque grain de pollen correspond à une cellule reproductrice mâle de la plante. Il est fabriqué par les étamines, dans des structures appelées anthères, qui libèrent le pollen lorsque la fleur arrive à maturité.

À quoi sert le pollen pour les abeilles ? Comment le récoltent-elles ?

Contrairement au nectar, qui apporte des sucres, le pollen est une source essentielle de protéines pour les abeilles. Il est indispensable au développement de la colonie.

Les abeilles utilisent le pollen pour fabriquer le pain d’abeille, un mélange de pollen, de miel et de ferments lactiques. Ce procédé permet de conserver le pollen sur le long terme, notamment pendant l’hiver, les périodes de sécheresse ou les moments où les fleurs se font rares.

Le pollen fournit des protéines (acides aminés), mais aussi des lipides, des vitamines et des minéraux. Il est essentiel à la croissance des larves, à la production de gelée royale, de cire, et au bon fonctionnement du système immunitaire des abeilles.

Pour le récolter, le pollen se colle aux poils du corps de l’abeille. Celle-ci est chargée électriquement de manière négative, tandis que les grains de pollen sont positifs : cette différence de charge facilite l’adhérence. L’abeille se brosse ensuite et agglomère le pollen en petites pelotes qu’elle stocke dans les corbeilles à pollen, situées sur le tibia de la troisième paire de pattes arrière des ouvrières. Elle rapporte ensuite ces pelotes à la ruche.

À quoi sert le pollen pour la plante ?

Le pollen transporte le matériel génétique mâle. Lorsqu’il est déposé sur le pistil d’une autre fleur, il permet la fécondation, puis la formation de fruits et de graines. Le pollen est donc au cœur de la reproduction sexuée des plantes.

Sa couleur varie fortement selon l’espèce végétale : jaune, orange, rouge, violet, bleu, blanc ou vert, ce qui permet souvent d’identifier les fleurs butinées.

En résumé

Le pollen est indispensable à la reproduction des plantes et constitue la principale source de protéines des abeilles, récoltée sous forme de pelotes sur leurs pattes arrière.

3) La propolis

La propolis est une substance résineuse et collante que les abeilles récoltent sur les bourgeons, l’écorce ou les exsudats de certains arbres, notamment le peuplier (source principale en Europe), mais aussi le bouleau, le sapin, le pin, le marronnier ou le saule.

Les abeilles mélangent cette résine avec leur salive et un peu de cire pour obtenir une pâte aux puissantes propriétés antiseptiques. Sa composition moyenne est d’environ 50 % de résines végétales, 30 % de cires, 10 % d’huiles essentielles, 5 % de pollen et 5 % d’autres composés actifs (flavonoïdes, acides aromatiques…). Ces proportions varient selon les plantes disponibles.

À quoi sert la propolis dans la colonie ?

La propolis est le système immunitaire de la ruche. Elle possède des propriétés antibactériennes, antifongiques et antivirales. Les abeilles l’utilisent pour :

  • assainir l’intérieur de la ruche ;
  • colmater les fissures ;
  • réduire l’entrée de la ruche ;
  • fixer les cadres et lisser les parois.

Lorsqu’un intrus (souris, lézard…) meurt dans la ruche et ne peut pas être évacué, les abeilles l’enrobent de propolis afin de le momifier et d’éviter toute contamination.

Pourquoi la propolis est-elle importante pour l’apiculteur ?

La propolis est très recherchée pour ses propriétés médicinales. Elle est très recherchée pour ses propriétés antibactériennes, antifongiques, antivirales, anti-inflammatoires.

Elle est utilisée dans les compléments alimentaires, les sprays pour la gorge, les teintures mères, les crèmes cutanées et les produits de désinfection naturels.

4) L’eau

L’eau est indispensable à la survie de la colonie. Elle remplit trois fonctions vitales : refroidir, nourrir et diluer.

En été, l’eau sert principalement à la thermorégulation. Les abeilles déposent de fines gouttes d’eau dans la ruche, tandis que d’autres ventilent avec leurs ailes. L’évaporation permet de maintenir la température du couvain autour de 34–35 °C, indispensable au bon développement des larves.

L’eau est également utilisée pour diluer la gelée royale destinée aux très jeunes larves, ainsi que pour liquéfier le miel cristallisé, notamment en hiver. Elle apporte enfin des sels minéraux et des oligo-éléments essentiels au métabolisme.

Attention : sans une quantité d’eau suffisante, les larves risquent de se dessécher ou d’être mal nourries. Lorsque les abeilles consomment un miel très épais ou cristallisé, elles y ajoutent de l’eau afin de le liquéfier et de le rendre assimilable, un processus essentiel pour l’alimentation de la colonie durant l’hiver.

Les abeilles privilégient souvent des sources d’eau légèrement impures (flaques, terre humide, eau salée), plus riches en minéraux.

En résumé, l’eau est aussi indispensable que le pollen, le nectar et la propolis pour la survie de la colonie.

5) Le miellat

Le miellat est un exsudat sucré produit par certains insectes, le plus souvent des pucerons. Il sert également à fabriquer du miel, mais ce miel est différent de celui issu du nectar. Le miellat est une substance sucrée que les abeilles récoltent non pas sur les fleurs, mais sur les feuilles et les tiges. Ce n’est pas du nectar : il provient non pas directement des plantes, mais des insectes.

Le miellat est produit par des insectes piqueurs-suceurs tels que les pucerons, les cochenilles, les aleurodes ou les psylles. Ces insectes piquent les plantes pour aspirer la sève, très riche en eau mais pauvre en sucres. Pour obtenir suffisamment d’énergie, ils filtrent la sève, absorbent les nutriments nécessaires et rejettent l’excédent sous forme de gouttelettes sucrées : c’est le miellat. Les abeilles viennent alors le récolter directement sur les feuilles, les tiges, et parfois même sur le dos des pucerons.

Le miellat contient des sucres différents de ceux du nectar (notamment des polysaccharides complexes), des acides aminés, des minéraux (en grande quantité) et des antioxydants. C’est un produit plus minéral et généralement plus foncé que le nectar.

Les abeilles transforment ce miellat en miel de miellat en y ajoutant de la salive et en le déshydratant. Comme la matière première est différente, le miel obtenu a des caractéristiques particulières. Les miels de miellat sont souvent appelés miel de forêt, miel de sapin ou miel de chêne. Certains miels sont mixtes, issus à la fois de nectar et de miellat, comme c’est souvent le cas pour le miel de châtaignier.

Ces miels de miellat sont généralement plus foncés, plus épais, moins sucrés, plus riches en minéraux et moins cristallisants. Ils sont très appréciés et parfois plus coûteux. Un exemple célèbre en France est le miel de sapin : en montagne (Vosges, Jura), les abeilles récoltent le miellat produit par les pucerons du sapin, donnant un miel très sombre, aux reflets verts et très aromatique.

En résumé

Le miellat est un liquide sucré rejeté par certains insectes, récolté par les abeilles et transformé en un miel sombre, aromatique et riche en minéraux.

Dans notre prochain article, découvrez ce que les abeilles peuvent produire grâce à tout cela !